Resident Evil 3 : Notre Test du Remake sur PC, PS4 et Xbox One

Annoncé officiellement en décembre dernier, soit il y a moins de quatre mois, le remake de Resident Evil 3 peut être vu comme une bénédiction pour les fans de la saga originale, l’épisode de 1999 ayant souffert en son temps d’un calendrier pour le moins expéditif. Plus encore que Resident Evil 2, ce troisième opus sort grandi de cette ambitieuse relecture.

Produit par Shinji Mikami, réalisateur de l’épisode fondateur, mais réalisé par Kazuhiro Aoyama (crédité comme System Planner sur le chapitre 2), Resident Evil 3 connaît un développement pour le moins compliqué. Un premier script se déroule sur un bateau de croisière, et le jeu doit sortir en même temps que la PlayStation 2, mais Capcom réalise que son moteur de jeu dédié à la nouvelle machine de Sony ne sera jamais prêt à temps. L’éditeur décide de lancer la production de plusieurs jeux en parallèle : Resident Evil 3 sortira donc sur PS2 et la PlayStation et la Dreamcast auront droit à deux spin-off spécifiques. L’épisode PSX doit dans un premier temps suivre suivre un personnage annexe dans une Racoon City infestée de morts-vivants, mais Capcom change bientôt son fusil d’épaule et choisit de placer le joueur dans la peau de Jill Valentine. Répondant en coulisses au nom de code Resident Evil 1.9 (puisque certains événements précèdent ceux de Resident Evil 2), le jeu est rebaptisé Resident Evil 3 pour des raisons purement marketing, Capcom souhaitant que la PlayStation ait droit à une trilogie cohérente et complète.

Un original controversé

Dans sa version d’origine, Resident Evil 3 souffre ostensiblement de sa production contrariée. L’abandon du système de scénarii parallèles de Resident Evil 2 apparaît déjà comme un retour en arrière, et en dépit d’une poignée d’améliorations de gameplay inspirées par Resident Evil Code Veronica (que beaucoup de fans considèrent comme le vrai épisode 3), le jeu ressemble à un dérivé de son prédécesseur plus qu’à une suite réelle. Un chapitre situé dans le commissariat de Raccoon City recycle d’ailleurs plusieurs décors de RE2, un choix que les joueurs accueillent en 1999 avec une certaine perplexité. Seules les séquences mettant en scène le Némésis, une créature quasi-invincible programmée pour massacrer les membres du S.T.A.R.S., parviennent à dynamiser une formule en voie d’épuisement. Les pics de stress provoqués par ce boss implacable et ses cris menaçants sont clairement la raison d’être de Resident Evil 3.

Vingt ans après

Deux décennies se sont écoulées depuis la sortie du jeu sur PlayStation, et ce remake permet de prendre du recul face aux qualités et défauts réels de cet épisode controversé. Certains choix qui paraissaient faciles en 1999 peuvent aujourd’hui être vus comme de vraies trouvailles dramatiques, en particulier cette nouvelle exploration du commissariat qui avait tant fait couler d’encre. Et si le script de Resident Evil 2 était déjà dans sa version initiale d’une solidité à toute épreuve, le remake de RE3 permet de combler certaines ellipses narratives autrefois très gênantes, imposées en leur temps par des délais de production intenables. Le prologue de cette remasterisation permet ainsi d’exposer le personnage de Jill de façon beaucoup plus intime, la mise en scène reprenant pendant quelques minutes la vue subjective de Resident Evil 7. Une scène de cauchemar dans une salle de bain évoque la terreur de la démo VR Kitchen, posant d’emblée une atmosphère horrifique plutôt qu’une succession de scènes d’action stériles. Autre idée brillante : le Némésis intervient dès ce premier acte, et le récit s’axe désormais réellement autour de ses apparitions métronomiques. La menace qu’il fait planer sur le jeu provoque un sentiment d’urgence permanent, qui culmine lors de combats de boss particulièrement tendus.

Action rocambolesque

Évidemment, il est conseillé de forcer sa propre suspension d’incrédulité pour accepter que Jill puisse s’en sortir sans une égratignure après tant échauffourées épiques contre cette brute sanguinaire. Certes, l’héroïne se retrouve dans une vilaine posture au bout de quelques heures, mais ce retournement de situation inconséquent est surtout une excuse pour diriger le personnage secondaire Carlos à travers les couloirs angoissants d’un hôpital infesté de revenants – un hommage à peine déguisé au sublime Diary of the Dead de George A. Romero. Des phases scriptées assez rocambolesques tendent également à remettre en question l’efficacité du fameux tyran, qui passe son temps à tirer des roquettes en direction de l’héroïne sans jamais parvenir à la toucher (on est parfois assez proche des morceaux de bravoure improbables de Resident Evil 6), et subit des mutations qui éloignent progressivement son design de celui du jeu original.

Cauchemar viscéral

On excusera volontiers ces sujets à controverse tant le level design est maîtrisé, et les affrontements variés et ingénieux. Ce remake propose de fait un cocktail enivrant, entre le plus frénétique des Third Person Shooter et le plus étouffant des Survival Horror. Subtilement connectée au remake de Resident Evil 2 via la scène du commissariat (attention, sa progression et ses enjeux se distinguent du jeu original), l’œuvre brandit régulièrement une imagerie de cauchemar viscéral, par exemple lors d’une partie de cache-cache labyrinthique avec une horde d’araignées aimant vous pondre des parasites dans l’estomac (H.R. Giger, bonjour), ou au détour d’un couloir d’égout infesté de lombrics géants capables de vous gober en un seul mouvement. Comme d’habitude, le creature design est absolument fantastique, et l’animation regorge de détails à frémir.

Le choix des armes

Trois niveaux de difficulté sont proposés pour le jeu, et tous ont un impact considérable sur la durée de vie (allant de 6 à 9 heures) et sur l’angoisse que distille la partie. Le plus équilibré est bien sûr le mode normal, suffisamment chiche en plantes vertes et kits de soin pour que l’on passe l’essentiel du jeu en niveau de santé intermédiaire (petit détail pratique : la couleur du pad PS4 vous informe sur votre jauge de vie), mais suffisamment généreux en munitions pour que l’on puisse avoir une petite chance face au Némésis. Le mode Pro est réservé aux joueurs hardcore (ceux qui avaient fini l’original uniquement au couteau, sans doute) et le mode Assisté est une balade de santé, donnant aux gamers une arme supplémentaire dès le premier acte du récit (une mitrailleuse avec deux chargeurs pleins) et davantage d’items à collecter. Parmi ceux-ci on note toujours les plantes de différentes couleurs à associer, mais aussi différents types de poudre afin de fabriquer divers magasins de munitions. S’il ne transforme certainement pas le jeu en RPG, de même que les quelques puzzles disséminés au sein des niveaux, ce côté « crafting » apporte un peu plus de profondeur à l’expérience, et évite au joueur de se contenter d’avancer à l’aveugle jusqu’à la péripétie suivante. Car après tout, le grand intérêt de la saga réside dans l’expectative de ce qui nous attend au-delà du prochain seuil, avec à la clé une éternelle inconnue : est-on suffisamment préparé ? Sur ce point parmi d’autres, Resident Evil 3 fait honneur à ses illustres prédécesseurs.

Une réalisation d’enfer

Utilisant le RE Engine du septième opus, le remake de Resident Evil 3 est techniquement très impressionnant : tournant de façon très décente sur une PS4 Slim avec un niveau de détail déjà élevé mais un aliasing tout de même assez prononcé, il se montre saisissant de réalisme sur PC en 4K mode ultra. La version Steam profite en effet d’éclairages et d’ombres plus précis, de textures plus fines et de reflets plus nombreux. La différence est évidemment subtile et dépend grandement de votre configuration, et l’on ne peut nier la qualité graphique et la fluidité des versions consoles en standard ou premium. Pour finir, ajoutons qu’un jeu orienté multi baptisé Resistance est inclus dans Resident Evil 3, et nous ne manquerons pas de nous pencher sur son système de combat à quatre contre un dans un prochain test.

En bref : Si l’extravagance des morceaux de bravoure demande au joueur de faire un sacré effort au niveau de la suspension d’incrédulité (que Jill Valentine sorte sans égratignure des attaques répétées du Némésis tient du miracle pixellisé), ce remake corrige de nombreux défauts du Resident Evil 3 de 1999, et rappelle à quel point les équipes de Capcom maîtrisent le genre du Survival Horror.

Notre Verdict : 8/10

Crédits : Capcom

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