Doom Eternal : Notre Test

Nous avons pris notre temps pour explorer Doom Eternal aussi profondément que possible avant de publier notre test. Le constat de départ n’est guère modifié avec le recul : ce First Person Shooter frénétique représente peut-être ce que le genre a produit de plus ambitieux depuis Half-Life².

La réussite fulgurante de Doom Eternal repose évidemment sur celle de son prédécesseur direct, à savoir le reboot de Doom sorti sur PC et consoles en 2016. Cet actioner démoniaque avait pris les fans par surprise en leur offrant un cocktail explosif de fusillades orientées arcade, de phases de plates-formes vertigineuses et d’ultra-violence burlesque, le tout agrémenté d’un level design sinueux à l’ancienne, rempli de circuits parallèles et de passages secrets en tous genres. La plupart des éléments fondateurs de Doom 2016 répondent présent dans Eternal : la construction délicieusement alambiquée des différents stages, les exécutions gorissimes des adversaires au corps-à-corps, la structure complexe des arènes incitant à des déplacements constants et des stratégies multiples, ou encore les secrets à dénicher en prenant le maximum de risques possible. Si id Software a abandonné les passages secrets en textures rétro (on peut tout de même accéder à Doom 2 dans sa verson intégrale en utilisant un vieil ordinateur caché dans le jeu), des clins d’oeil aux épisodes originaux des nineties sont de la partie. Certaines zones sont ainsi accessibles grâce à des cartes magnétiques de couleur spécifique, des adversaires comme les soldats zombifiés se rapprochent davantage de leur design d’antan, on retrouve le boss final de Doom 2 dans sa version longtemps fantasmée par les fans ainsi qu’une arme jusqu’alors restée exclusive à Doom 64.

Progression constante

Comme dans Doom 2016, le héros a droit à plusieurs arbres de progression, qu’il s’agisse de son armure, de ses pouvoirs ou de ses armes (chacune bénéficiant de plusieurs options de tir secondaire, toutes pouvant être améliorées pas à pas). Déjà surpuissant au départ, le personnage devient un dieu vivant en fin de partie ; on n’avait de fait pas ressenti une telle puissance chez un avatar vidéoludique depuis les premiers Devil May Cry ou God of War. Ces capacités ne sont pas de trop pour affronter le bestiaire délirant du jeu. A ce titre, chaque affrontement bénéficie d’une mise en scène et d’une recherche d’équilibre absolument maniaque de la part d’id Software : le joueur se retrouve face à des armées précisément hiérarchisées, les « lieutenants » ou « bulldozers » adverses devenant instinctivement des objectifs stratégiques prioritaires tandis que les « fantassins » s’empressent de freiner sa progression ou de gêner ses attaques. Dans le même temps, les champs de bataille encouragent diverses approches tactiques, avec une quantité industrielle de tremplins, de pentes, de précipices, de tunnels, de téléporteurs ou de plates-formes disposées selon un génie consommé du level design. Des pièges comme des faux géantes, des piques ou des explosifs peuvent être utilisés à bon escient pour économiser des munitions, celles-ci devenant rapidement le nerf de la guerre.

Approches tactiques

Affinant la formule de l’épisode précédent, Eternal améliore d’ailleurs le système de rechargement en donnant à la tronçonneuse un rôle bien plus prégnant. Disposant d’un réservoir généreux, cette scie tout droit sortie d’Evil Dead donne lieu à des bonus spécifiques lorsqu’on l’utilise pour envoyer un adversaire au sol, incluant des points de bouclier, des points de vie et divers magasins de munitions. D’autres armes secondaires ont été ajoutées, notamment un lance-flamme déployable aux conséquences plus que bénéfiques : chaque démon touché laisse ainsi s’échapper des bonus de bouclier. Les exécutions permettent toujours de récupérer des bonus de vie, et des runes additionnelles peuvent renverser la situation en cas de mort imminente, par exemple en déclenchant un ralenti d’urgence lorsqu’un coup fatal a été porté au héros. Si le spectacle global peut paraître incroyablement bourrin et rentre-dedans, la portée spectaculaire étant inédite dans le genre, chaque coup porté sous-tend clairement une décision stratégique consciente, comme ce serait le cas dans un puzzle-game à la Tetris ou à la Puyo Puyo. S’il sait soigner les pulsions destructrices du joueur, Doom Eternal appelle donc un réel effort « intellectuel ».

Platformer démoniaque

A la réflexion (forcément rapide) s’ajoutent des réflexes obligatoires, les gunfights étant souvent entrecoupés de phases d’exploration à mettre Mario et Luigi en position fœtale. Disposant au départ d’un double-saut et de capacités d’ascension hérités de l’opus précédent, le Doom Slayer obtient peu à peu des capacités supplémentaires, en particulier un double-dash fulgurant qui lui permet de foncer dans les airs sur une distance inhumaine. De nombreuses séquences vous demandent ainsi d’enchaîner les gestes les plus fous (saut, dash, rebond, double-saut, double-dash, accrochage à une paroi et ascension), tout en évitant les attaques de quelques bestioles un brin perverses. L’ergonomie parfaite rend ces pirouettes non seulement possibles, mais surtout terriblement grisantes, l’environnement étant intégralement conçu pour mettre en valeur cet aspect du game design. L’esthétique globale et l’univers du jeu enfoncent le clou : décrivant une Terre contaminée par les enfers, Doom Eternal plonge le joueur dans de vastes panoramas apocalyptiques où se sont affrontés des titans de chair et de métal (imaginez un croisement entre Pacific Rim et Hellraiser), ou lui demande d’explorer des cathédrales cauchemardesques dont le niveau de détail sidérant est rendu possible grâce à un tout nouveau moteur graphique propriétaire.

Un nouveau bond en avant

Visuellement époustouflant, Doom Eternal permet d’évaluer la puissance de l’id Tech 7, un bijou de programmation qui fait déjà des merveilles sur PS4 et Xbox One, et littéralement des miracles sur un PC de luxe. Les modèles 3D du héros et de ses adversaires bénéficient d’une augmentation de polygones très visibles, et les blessures des ennemis sont plus dynamiques et visibles que jamais, influant en filigrane sur les décisions stratégiques du joueur. Si la gestion limitée du moteur physique peut décevoir (il s’agit d’un choix de game design), les décors sont quant à eux d’un gigantisme étourdissant, à commencer par le vaisseau gothique qui sert de hub, de salle d’armement ou d’arène d’entraînement entre les différentes missions. Généreux, id Software n’a pas oublié d’inclure un mode multijoueurs excitant : le Battle Mode propose ainsi des affrontements frénétiques entre un Doom Slayer et deux créatures, un concept sans doute inspiré par une séquence d’anthologie du jeu où le héros contrôle un avatar démoniaque pour récupérer une arme en terrain hostile. Un moment de pur génie parmi tant d’autres.

Notre Verdict : 9/10

Crédits : id Software, Bethesda

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