Doom Eternal : Notre Test sur Switch

Un peu moins d’un an après sa sortie sur PC, PlayStation 4 et Xbox One, et alors que les consoles New Gen lui offrent déjà une seconde vie, Doom Eternal a droit à une conversion sur Nintendo Switch, et ce uniquement au format digital. Le pari était risqué pour Bethesda, id Software et Panic Button, et les développeurs ont évidemment dû sacrifier de nombreux éléments visuels pour que la machine de Nintendo n’explose pas en pleine partie. Ceci étant posé, le contrat est rempli au-delà des espérances : le game design de Doom Eternal a été conservé avec une fidélité absolue, et l’expérience que propose le jeu est toujours aussi jouissive.

La réussite fulgurante de Doom Eternal repose évidemment sur celle de son prédécesseur direct, à savoir le reboot de Doom sorti sur PC et consoles en 2016. Cet actioner démoniaque avait pris les fans par surprise en leur offrant un cocktail explosif de fusillades orientées arcade, de phases de plates-formes vertigineuses et d’ultra-violence burlesque, le tout agrémenté d’un level design sinueux à l’ancienne, rempli de circuits parallèles et de passages secrets en tous genres. La plupart des éléments fondateurs de Doom 2016 répondent présent dans Eternal : la construction délicieusement alambiquée des différents stages, les exécutions gorissimes des adversaires au corps-à-corps, la structure complexe des arènes incitant à des déplacements constants et des stratégies multiples, ou encore les secrets à dénicher en prenant le maximum de risques possible. Si id Software a abandonné les passages secrets en textures rétro (on peut tout de même accéder à Doom 2 dans sa verson intégrale en utilisant un vieil ordinateur caché dans le jeu), des clins d’oeil aux épisodes originaux des nineties sont de la partie. Certaines zones sont ainsi accessibles grâce à des cartes magnétiques de couleur spécifique, des adversaires comme les soldats zombifiés se rapprochent davantage de leur design d’antan, on retrouve le boss final de Doom 2 dans sa version longtemps fantasmée par les fans ainsi qu’une arme jusqu’alors restée exclusive à Doom 64.

Progression constante

Comme dans Doom 2016, le héros a droit à plusieurs arbres de progression, qu’il s’agisse de son armure, de ses pouvoirs ou de ses armes (chacune bénéficiant de plusieurs options de tir secondaire, toutes pouvant être améliorées pas à pas). Déjà surpuissant au départ, le personnage devient un dieu vivant en fin de partie ; on n’avait de fait pas ressenti une telle puissance chez un avatar vidéoludique depuis les premiers Devil May Cry ou God of War. Ces capacités ne sont pas de trop pour affronter le bestiaire délirant du jeu. A ce titre, chaque affrontement bénéficie d’une mise en scène et d’une recherche d’équilibre absolument maniaque de la part d’id Software : le joueur se retrouve face à des armées précisément hiérarchisées, les « lieutenants » ou « bulldozers » adverses devenant instinctivement des objectifs stratégiques prioritaires tandis que les « fantassins » s’empressent de freiner sa progression ou de gêner ses attaques. Dans le même temps, les champs de bataille encouragent diverses approches tactiques, avec une quantité industrielle de tremplins, de pentes, de précipices, de tunnels, de téléporteurs ou de plates-formes disposées selon un génie consommé du level design. Des pièges comme des faux géantes, des piques ou des explosifs peuvent être utilisés à bon escient pour économiser des munitions, celles-ci devenant rapidement le nerf de la guerre.

Approche tactique

Affinant la formule de l’épisode précédent, Eternal améliore d’ailleurs le système de rechargement en donnant à la tronçonneuse un rôle bien plus prégnant. Disposant d’un réservoir généreux, cette scie tout droit sortie d’Evil Dead donne lieu à des bonus spécifiques lorsqu’on l’utilise pour envoyer un adversaire au sol, incluant des points de bouclier, des points de vie et divers magasins de munitions. D’autres armes secondaires ont été ajoutées, notamment un lance-flamme déployable aux conséquences plus que bénéfiques : chaque démon touché laisse ainsi s’échapper des bonus de bouclier. Les exécutions permettent toujours de récupérer des bonus de vie, et des runes additionnelles peuvent renverser la situation en cas de mort imminente, par exemple en déclenchant un ralenti d’urgence lorsqu’un coup fatal a été porté au héros. Si le spectacle global peut paraître incroyablement bourrin et rentre-dedans, la portée spectaculaire étant inédite dans le genre, chaque coup porté sous-tend clairement une décision stratégique consciente, comme ce serait le cas dans un puzzle-game à la Tetris ou à la Puyo Puyo. S’il sait soigner les pulsions destructrices du joueur, Doom Eternal appelle donc un réel effort « intellectuel ».

Platformer démoniaque

A la réflexion (forcément rapide) s’ajoutent des réflexes obligatoires, les gunfights étant souvent entrecoupés de phases d’exploration à mettre Mario et Luigi en position fœtale. Disposant au départ d’un double-saut et de capacités d’ascension hérités de l’opus précédent, le Doom Slayer obtient peu à peu des capacités supplémentaires, en particulier un double-dash fulgurant qui lui permet de foncer dans les airs sur une distance inhumaine. De nombreuses séquences vous demandent ainsi d’enchaîner les gestes les plus fous (saut, dash, rebond, double-saut, double-dash, accrochage à une paroi et ascension), tout en évitant les attaques de quelques bestioles un brin perverses. L’ergonomie parfaite rend ces pirouettes non seulement possibles, mais surtout terriblement grisantes, l’environnement étant intégralement conçu pour mettre en valeur cet aspect du game design. L’esthétique globale et l’univers du jeu enfoncent le clou : décrivant une Terre contaminée par les enfers, Doom Eternal plonge le joueur dans de vastes panoramas apocalyptiques où se sont affrontés des titans de chair et de métal (imaginez un croisement entre Pacific Rim et Hellraiser), ou lui demande d’explorer des cathédrales cauchemardesques dont le niveau de détail sidérant est rendu possible grâce à un tout nouveau moteur graphique propriétaire.

La Switch dans ses derniers retranchements

En dépit de l’absence d’effets de Ray Tracing (une option qui, on l’espère, sera ajoutée dans les prochains mois sur PC, PS5 et Xbox Series X/S), Doom Eternal offrait sur PC, PS4 et Xbox One un spectacle extraordinaire. Véritable machine de guerre, le moteur graphique ID Tech 7 aura permis aux auteurs de concevoir des niveaux beaucoup plus vastes que dans l’opus précédent, donc des panoramas plus épiques, parcourus de dizaines de créatures finement modélisées et animées avec soin. Compte tenu de cette richesse visuelle absolument foisonnante, on craignait vraiment sur Switch un désastre industriel. On en est heureusement très loin, et l’on peut dire que les codeurs de Panic Button (Doom, Wolfenstein 2) ont une nouvelle fois accompli des miracles. Bien sûr, n’espérez pas retrouver la finesse des précédentes versions console sur la petite machine de Nintendo : en mode docké, le jeu est beaucoup plus flou que sur ses rivales, et l’on sent que les modélisations ont été considérablement allégées. La résolution dynamique ne dépasse jamais les 720p et peut descendre assez bas, de nombreux effets visuels (bloom, motion blur) se sont fait la malle, et les adversaires perdent en détails lorsque le champ de bataille devient trop chargé. En théorie, tout ceci devrait s’avérer frustrant, mais il est important de rappeler à quel point Doom Eternal repose sur un gameplay frénétique, interdisant au joueur de prendre de secondes de pause pour admirer la beauté de l’environnement. Les développeurs se sont concentrés sur l’essentiel : proposer un framerate bloqué à 30 images par seconde, et celui-ci ne faillit qu’à de très rares moments. Les morceaux de bravoure du jeu sont donc fluides et rapides, et le joueur n’est presque jamais parasité dans son maniement par quelque défaut technique. A vrai dire, Doom Eternal sur Switch semble presque destiné aux accrocs du mode tablette plutôt qu’aux habitués du téléviseur. Les FPS aussi ambitieux, jouissifs et spectaculaires n’étant pas légion au format nomade, nous serons les derniers à condamner le downgrade inévitable du dernier né d’id Software.

En bref : Doom Eternal est l’un des FPS les plus jouissifs de l’univers. Si la version Switch n’a pas la carrure technique et esthétique des versions PC, Xbox et PlayStation, les développeurs de Panic Button ont réussi à offrir au joueur une conversion rapide, nerveuse et très jouable, sans pour autant rendre le jeu hideux. Vu le gap de puissance entre la machine hybride de Nintendo et ses concurrentes, c’est clairement un exploit.

Notre Verdict : 8,5/10

Crédits : Bethesda

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