Star Wars Jedi Knight : Jedi Academy : Notre Test sur Switch

Spin-off de la série Jedi Knight sorti en 2003 sur PC, Jedi Academy revient sur PlayStation 4 et Nintendo Switch grâce aux bons soins du studio texan Aspyr. Retour sur un jeu à la fois généreux (la campagne solo dure plus de 7h30, et la gestion de la Force est au centre du game design) et terriblement frustrant d’un point de vue scénaristique.

Les titres LucasArts ont souvent surnagé au sein des adaptations de longs-métrages, grâce à un souci d’écriture rare et une ambition impressionnante en termes de game design. Star Wars et les jeux vidéo constituent de fait une vieille histoire d’amour, la saga comptant un nombre faramineux de bijoux interactifs, développant avec pertinence l’univers étendu (ou plutôt l’ancien univers étendu, qui fut entièrement rebooté par Disney). Parmi les jeux les plus cultes du catalogue, Dark Forces et ses deux suites Jedi Knight et Jedi Outcast avaient su marquer leur époque. Succédant à cette série théoriquement située après Le Retour du Jedi (mais donc effacée du canon officiel depuis 2015), Jedi Academy n’avait aucune raison d’être d’un point de vue scénaristique, le parcours initiatique du personnage de Kyle Katarn ayant eu droit à une conclusion satisfaisante dans Jedi Knight II.

Des choix narratifs controversés

Déjà à sa sortie en 2003, le postulat de départ de Jedi Academy se montrait assez décevant. Tandis que ses prédécesseurs avaient su digérer la mythologie des films en substituant à l’apprentissage de Luke Skywalker celui de Katarn, Academy semble revoir ses ambitions à la baisse dès le texte d’ouverture. Au son du célèbre main title de Williams, on y apprend simplement qu’un jeune apprenti Jedi (dont vous allez choisir vous-même la race, le sexe, la couleur de peau, les habits et le sabre) a réussi à construire tout seul un sabre laser. Que d’émotion. En ouvrant le récit sans enjeu particulier, les auteurs de Jedi Academy annoncent finalement la tonalité de l’épisode. Morcelée, non linéaire et entrecoupée de missions digressives que l’on peut choisir de sauter purement et simplement, l’intrigue de Jedi Academy mise avant tout sur un traitement « sérialesque », quasiment chaque chapitre pouvant être appréhendé comme une aventure en soi. Si la menace d’une mystérieuse secte Sith assure une certaine continuité entre les niveaux et nourrit quelques séquences surprenantes (dont une confrontation mémorable entre le héros et un camarade séduit par le côté obscur de la Force), la narration fera régulièrement passer les motivations des protagonistes au second plan. Par conséquent, si Jedi Knight restait fidèle à l’essence de la saga cinématographique, Jedi Academy apparaît davantage comme une déclinaison télévisuelle, un feuilleton science-fictionnel où un héros lambda décimerait des dissidents aux quatre coins de l’univers. Toujours utilisés de façon inapropriée, les thèmes musicaux choisis dans la longue symphonie de John Williams (dont celui de Yoda !) ne font que renforcer cette idée d’exploitation un peu stérile.

Feuilleton avant-gardiste

Passée la déception, il faut tout de même admettre que le jeu fonctionne dans le cadre de ses ambitions. La structure narrative de The Mandalorian n’est d’ailleurs pas si éloignée des choix narratifs que Raven Software effectuait il y a près de vingt ans. Situé tout comme la série de Jon Favreau quelques années après Episode VI, Academy se paie des caméos de Luke Skywalker, Kyle Katarn ou Chewbacca et l’univers de la saga est exploré avec une certaine jubilation par les développeurs. Au manque de ligne directrice initial se substitue ainsi un mariage inattendu entre la trilogie originale et celle des préquelles, le jeu voguant du trafic aérien de Coruscant aux dunes de Tatouine, en passant par une cité flottante ou le château de feu Darth Vader, théâtre d’homériques affrontements au sabre laser.

La maîtrise de la Force

C’est d’ailleurs sur ce point que le jeu étonne le plus : les duels entre Sith et Jedi, à une ou deux lames par belligérant, étaient en 2003 d’une rapidité et d’une puissance sidérantes. L’utilisation des pouvoirs de la Force, évoluant selon l’expérience du joueur comme dans un bon vieux RPG, donnait également lieu à des séquences légèrement cruelles, le héros pouvant projeter des Stormtroopers dans un gouffre, irradier des hommes des sables ou étrangler par la pensée un Jedi récalcitrant. Un système de démembrement était de plus inclus dans le moteur, contrairement au récent (et excellent) Jedi Fallen Order. Academy proposait de plus une vue subjective pour les phases de First Person Shooter, idée reprise depuis par la série des Star Wars Battlefront.

Une version Switch en demi-teinte

Que reste-t-il de Jedi Academy en 2020 ? Si le point de vue adopté par le récit laisse toujours aussi perplexe, le jeu est toujours d’une richesse impressionnante, ne serait-ce que dans son arbre d’évolution assez novateur à l’époque des pouvoirs de la Force. Visiblement basé sur le code de la version PC, cette remasterisation Switch révèle toutefois à quel point certains aspects techniques et ergonomiques ont vieilli. Outre le fait que le héros semble flotter sur le sol en permanence, l’intelligence artificielle des ennemis est préhistorique, les collisions sont approximatives, le moteur physique rappelle qu’il date d’avant-Half-Life², les cinématiques sont en 4/3 étiré sur la largeur, les mouvements de caméra sont rectilignes et mécaniques, les textures sont grossières, les modélisations minimales et les animations (notamment au niveau des visages, plus précisément des bouches) sont robotiques à souhait. Certains effets visuels sont toutefois très convaincants, en particulier lorsque les sabres laser s’entrechoquent et que les duellistes tentent de se déséquilibrer mutuellement. Pour compenser l’âge visible du soft, le studio Aspyr a pensé à inclure quelques nouveautés, par exemple la possibilité de viser grâce aux détections de mouvement des joy-con (très pratique en vue FPS), et surtout un mode multijoueur festif et ambitieux. Ce n’est pas Battlefront 2, mais c’est actuellement la seule proposition faite dans ce genre aux fans de Star Wars sur la console hybride de Nintendo. Nous ne sommes donc pas vraiment en position de faire la fine bouche, même au prix de 19,99 euros…

En bref : une remasterisation qui apporte quelques ajustements de gameplay bienvenus et un mode multijoueurs assez amusant. Malheureusement, le jeu souffre de son âge avancé, que ce soit en termes de réalisation ou de game design…

Notre Verdict :
En 2003 : 7,5/10
En 2020 : 6,5/10

Crédits : Aspyr, Lucasfilm

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